jeudi 29 août 2002

29 août 2002

Île Royale
Nous y voilà enfin. Les îles du Salut... Après un réveil à 6h30 et une heure de traversée en bateau, nous avons posé le pied sur une de ces trois îles paradisiaques que sont les îles du Salut. Le vent est des plus agréables. Nous avons tendu nos hamacs entre les cocotiers, devant la "piscine des bagnards" [tombe une noix de coco...]. J'en suis quite pour quelques morsures de fourmis. Un hélicoptère du CNES survole l'île voisine et me rappelle, malgré le décor, que certains sont ici pour travailler. Korrigan dépiaute la noix de coco qui vient de tomber, qui a l'air bien légère et bien vide... Je voudrais bien passer une semaine ou deux, ici, entre deux cocotiers, mon hamac se balançant sous les alizés. C'est quand même un rêve de gamine, qui se réalise, là... Il ne manque que l'eau turquoise des caraïbes. Ici, l'océan ressemble à celui que j'avais coutume de voir en Bretagne, bleu-vert.


Nous avons été nous baigner un peu à l'extérieur de la "piscine des bagnards", qui était un peu trop vide à marée basse. Mais il est extrêmement difficile de se baigner ailleurs. Ici, des falaises de granit. Là, d'énormes roches saillantes. Impossible de poser nos pieds sur les gros cailloux trop ronds, glissants comme des savonnettes. Et si on essaie de les poser entre les pierres, ils y restent douloureusement coincés... Après avoir ri un bon moment, en jouant parmi les cailloux herbeux, sur lesquels nous avions de l'eau à mi-mollets et à côté desquels nous avions à peine pied, nous sommes sorties de l'eau précipitament et très en colère. Un peu plus loin, un gosse venait de caguer dans l'eau... Du coup, Korrigan, qui parlait de se baigner au coucher du soleil, n'aura pas mis le moindre orteil dans l'eau.


Le reste de la soirée ne fut pas plus amusant. Partis accompagner Lulu aux toilettes de l'hôtel, nous nous sommes perdus en flânant dans l'île, oubliant que la nuit tombait si vite... Marcher en sandales et en maillot, avec tout mon lourd matériel photo (pour ne pas le laisser seul au hamac...), fut une véritable épopée. Trébuchant à chaque pas, et franchement par terre dans les épines à deux reprises, j'ai fini par m'énerver. Une agréable promenade sous les étoiles, avec Korrigan, me fera oublier tous mes malheurs.
Ma nuit fut pratiquement blanche. Tout d'abord, il m'a fallu beaucoup de self-control pour ne pas hurler à chaque bruit suspect. Jusqu'à ce que la Lune finisse par se lever, chaque feuille, chaque roche, chaque arbre, me paraissait cacher quelque bête fabuleuse ou quelque bagnard désincarné, bien décidés à me tourmenter. La nuit était en fait surtout peuplée d'agoutis et de gros crapauds.


Le lever de la Lune fut un spectacle féérique. L'astre souriant était posé sur l'eau comme un bateau d'argent. Tout le paysage semblait fondu dans du métal. Plomb, argent, platine... C'était un joli tableau incrusté de superbes étoiles précieuses. Magnifique... La nuit, plus claire, fut aussi plus rassurante. D'étranges bruits, à peine étouffés par le vent, parvenaient à mes oreilles inquiètes. Un animal fait le bruit d'une porte qui grince, un autre imite une corne de brume. Et vers 3:30, tous les coqs de l'île se sont donnés le mot : COCORICO ! Hmmm j'aurais bien préparé un poulet boucané, moi...


Douce torpeur du hamac se balançant sous le vent frais. Mon cyallume perd peu à peu de sa belle intensité, et moi je sens disparaître mes craintes nocturnes. Je m'endors un tout petit peu. J'ouvre les yeux. Il est bientôt six heures, et l'horizon rosit. Quelques photos. Les crapauds, confiants en leur camouflage, m'évitent à peine.

mercredi 28 août 2002

28 août 2002

Site d'observation Agami, 18:32
Nous y revoilà. A 16:15 déjà, nous étions au port de Pariacabo, en possession de nouveaux badges. Après trois quarts d'heure d'attente, nous montons dnas le bus n°6. La climatisation est trop forte, je grelotte.
Il y a beaucoup moins de monde que la veille. Le photographe du CNES et son impressionnant téléobjectif sont là. Ambiance détendue. Un gars, couché sur le dos, dans l'herbe, fume une cigarette. Certaine exhibent de superbes T-shirts Ariane 155. D'autres s'aspergent d'anti-moustiques. Caméscopes et appareils photos sont de sortie. On dirait que la foule attend un quelconque messie, les yeux rivés sur l'horizon, comme dans certaines scènes du film "Contact"... Douce musique des insectes.


19:00
La nuit tombe lentement. On nous invite à regarder un film sur les consignes de sécurité, comme hier, avant de finalement passer à la retransmission en direct depuis la salle Jupiter, cette fameuse pièce où les ingénieurs suent sang et eau derrière leurs pupitres.

19:22
Météo favorable. Tout est au vert. Les commentateurs reviennent sur l'annulation du tir d'hier.


19:23
H-7 minutes, séquence synchronisée. Quelques explications sur Atlantic Bird, le satellite de télécoms italien placé sous la coiffe de la fusée, puis sur MSG-Meteosat seconde génération, qui se trouve quant à lui sous la structure porteuse.

19:24
Pendant le reportage, un "rouge" au centre de lancement.

19:33
Suspense. Nous ne connaissons toujouts pas la cause du problème. Les commentateurs meublent en donnant quelques explications sur les moteurs Vulcain. La fusée a été vidée de son carburant au cours de la nuit dernière, pour être à nouveau remplie aujourd'hui. Un propulseur à poudre ne peut-être arrêté, nous dit-on.




19:38
Reprise du décompte, lancement prévu à 19:45:10.

19:44
Le chapiteau s'éteint. Suspense. H-1 minute, annonce le Directeur des Opérations.
Dix. Neuf. Huit. Sept. Six. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Unité. Top. Allumage moteurs Vulcain.
D'épais nuages bruns, lourds de poussière et de vapeur d'eau, s'élèvent du sol, tout autour de la table de lancement. Lentement, très lentement, le lanceur s'élève. Une frêle silhouette monte dans les airs, poussée par le plus impressionnant panache de flammes. Eblouissante, Ariane est en route vers les étoiles. Dehors, on y voit comme en plein jour. Une clameur monte de la foule massée devant le parking et l'écran géant. Le bruit est assourdissant.

mardi 27 août 2002

27 août 2002

Kourou, 22:02
Nous rentrons à peine du CSG. Le tir d'Ariane a été reporté à demain, "même endroit même heure", dommage. Rendez-vous avait été pris à 16:10 au port de Pariacabo. Contrôle d'identité obligatoire et remise d'un badge au nom du site d'observation, "Agami". Environ une heure plus tard, nous prenons place dans le car n°8, qui nous emmènera au site à 17h40. Il faut bien une heure de route, mi-asphalte, mi-piste, pour se rendre à ce grand parking. Ecran géant, chaises de plastique sous chapiteaux, distributeurs de boissons... Arianespace a pensé à tout. Hilarité à l'arrière du bus lorsque la malheureuse accompagnatrice lira les consignes de sécurité en anglais, prononçant "lunch" au lieu de "launch". C'est quand qu'on mange ?

La séquence de tir est programmée pour 19/30. Déjà, un "rouge" : il y a un problème électrique à l'ensemble de lancement. On se donnera trente minutes pour remédier à cela, puis la fenêtre de lancement sera prolongée de vingt minutes.

20:22. Rouge.
20:23. Reprise du décompte à H-7 minutes.
20:25. Vert
20:26. Rouge : le client, Eutelsat, ne veut pas prendre de risques. La fenêtre de lancement prévue serait dépassée de trente secondes...
20:28. Lancement reporté à J+1...

lundi 26 août 2002

26 août 2002

Une autre escapade à Cayenne, ce matin. Il s'agissait de visiter le musée des cultures guyanaises, où se tenait une exposition sur la musique traditionnelle, et le musée Franconie. Dans le premier, le hi-tech est de mise. Caméras de surveillance et ordinateur flambant neuf pour présentations multimédias occupent les salles de l'expo, au rez-de-chaussée d'une ancienne demeure d'orpailleurs. Toute en bois, en forme de U, la maison s'ouvre sur un jardinet très coloré. Des colonnes de bois soutiennent les avant-toits de tôle, et offrent une ombre très appréciée en cette heure de la journée.


Contraste total avec le musée de l'avenue De Gaulle. Vaste, il occupe deux étages d'une grande batisse de bois, dont bon nombre d'ouvertures ont été condamnées pour gagner en surface d'exposition. Ici, on se croirait aisément transporté cent ans en arrière. Le musée a d'ailleurs eu cent ans en 2001, et peu de choses semblent avoir évolué depuis. Animaux pauvrement empaillés et entassés dans des vitrines trop peu éclairées, spécimens de poissons défraîchis, dans des bocaux aux caoutchoucs rongés par le formol et les années. Sur les couvercles de bois exotique, une étiquette jaunie précise le nom du bois, en plus de celui des animaux conservés. Ici, un bébé cochon né avec un groin en trompe d'éléphant. Là, un chiot venu au monde sans pattes antérieures. Insectes et plantes probablement centenaires occupent des meubles tout aussi anciens. Le tout pourrait bientôt devenir très intéressant d'un point de vue historique et archéologique !




A l'étage, une intéressante exposition sur les Amérindiens. Poteries et haches polies. Explications de quelques rites funéraires. Plus loin, c'éest l'histoire de la colonisation qui sera retracée. Esclavagisme et paludisme. Guerres contre les Hollandais et les Anglais. L'abolition de l'esclavage date de 1848 et l'installation du bagne date de 1852, et c'est sur celui-ci que se terminera la visite. Outre les habituels objets sculptés par les bagnards, on trouvera un crucifix peint sur un os de poisson-chat, et le moulage du pied droit horriblement déformé d'un prisonnier, suite à de nombreux sévices... Peintures et gravures d'époque illustrent la vie quotidienne au bagne, rendue "supportable" par la débrouille de chacun.

dimanche 25 août 2002

25 août 2002

Nous avons été à Cacao, ce matin. Il a fallu se lever très tôt, et je n'avais vraiment pas fini ma nuit. La route a été longue et pénible, surtout le long des 12 derniers kilomètres. Partout, la végétation regagne du terrain, et la latérite affleure sous le goudron défoncé. La nature est au travail. Elle reprendra ses droits très bientôt, malgré les cultures sur brûlis toutes proches, si rien n'est fait =) Chacun des soubresauts de la Citroën me donne l'impression désagréable que je vais me disloquer.


Enfin, nous arrivons ! Nous entrons au "Planeur Bleu" pour 2,50 €. C'est une grande salle, qui regroupe un musée entomologique, archéologique, numismatique, et même philatélique ! On y trouve de superbes papillons et autres insectes de Guyane, des centaines d'araignées vives ou mortes, avec spectaculaire démonstrations par un "montreur d'araignées" assez téméraire. Il y a bien sûr une petite boutique où on peut acheter des morphos sous verre, et quelques bouquins  sur le pays et la faune locale. La partie archéologique comprend quelques outils amérindiens, et quelques vestiges des bagnes de Guyane. Objets sculptés par les bagnards, briques portant les marques de l'Administration Pénitencière...


Le montreur d'araignées m'a fait très forte impression. Il attrapait ces horribles choses comme on attrape un gâteau dans une boîte de biscuits. La bête, énervée, est tombée par terre et s'est mise à courir, mais fort heureusement mes jambes -déjà ramollies par l'incident- ont continué à me porter. Je n'ai pas crié, ni couru droit devant moi, mais il s'en est fallu de peu. Ma phobie des araignées s'efface peu à peu, je le sens. J'ai pu m'approcher des vivariums pour prendre en photo quelques spécimens de taille, mais fort heureusement immobiles. Ces choses peuvent vivre plusieurs dizaines d'années... J'ai de loin préféré les morphos et autres bébêtes sous verre. Certains coléoptères dépassent largement la taille de ma main. Certaines araignées sont grandes comme des assiettes. J'ai pris des photos avec ma main sur les vitrines, histoire de donner une échelle. Il me faudrait encore bien d'autres pages pour décrire cela...


Le reste de la matinée a été passé à flâner dans le village, à population majoritairement Hmong. Ce sont les descendants de réfugiés indochinois, qui travaillent pour la plupart dans l'agriculture, détenant le monopole des primeurs sur tout l'est du département. De nombreux petits "restos" typiquement asiatiques donnaient à la halle du marché d'agréables parfums rappelant ceux de Bangkok...



Malheureusement, dans la petite boutique où j'ai acheté un petit album en papier artisanal, la vendeuse expliquait que les habitants du village n'étaient que des agriculteurs, et que les bas prix de l'artisanat s'expliquaient par... l'importation de ces produits... Du véritable artisanat Hmong de Cacao serait purement inabordable.

samedi 24 août 2002

24 août 2002

Visite, plus ou moins au pas de course, de la montagne Favard. Un tout petit sentier, qui part à 150m avant le parking des marais de Kaw, serpente entre arbres et lianes, jusqu'à une pierre gravée par les Amérindiens. Le début du sentier, mal dessiné, se méritait : arbres couchés à enjamber, ou sous lesquels il fallait courber le dos pour passer, pierres et racines glissantes, végétation envahissante, pont de bois pourri tout branlant. La promenade fut néanmoins très agréable, et l'occasion de rencontrer de très beaux habitants de la forêt. Grenouilles-feuilles et Morphos ont défilé pour nous aujourd'hui ! Même en me montrant du doigt, de très près, les grenouilles, il m'était impossible de les discerner parmi les feuilles, tant leur camouflage est perfectionné. Dommage que mes photos ne soient pas toujours à la hauteur. Pas facile de prendre des photos quand on visite en courant.

vendredi 23 août 2002

23 août 2002

Notre promenade au pripri de Yiyi fut sérieusement écourtée par les pluies de cette étrange saison sèche, qui avaient noyé le chemin sur toute sa largeur. Et il était hors de question de patauger dans les eaux glauques, patrie des moucou-moucou, pour traverser. Dommage... La lumière de cette fin d'après-midi, lavée par les pluies toutes récentes, donnait des reflets chatoyants aux plantes du marais. Feuilles dorées se détachant sur le chrome bleuté des eaux, argent terni des nuages plombés. Tout prend une couleur différente, à cette heure. Le sable semble de sucre. Un papillon marche sur une large feuille, tout en délicatesse. Il semble mesurer chacun de ses gestes, et le moindre mouvement paraît avoir été réfléchi bien longtemps à l'avance. Ses antennes délicates, rayées de noir et de blanc, tâtonnent sur la large tige du moucou-moucou, comme le ferait un aveugle avec sa canne. Une fine trompe spiralée goûte et savoure le parfum de cet instant magique. Photos.



Un moustique tente vainement de me prendre un peu de sang. Quelques oiseaux, tout proches, jacassent, mais restent invisibles à travers l'épais rideau de feuilles. Ça et là, des bulles trahissent un poisson, à moins qu'il ne s'agisse de végétation submergée en train de se décomposer. Un cabiaï a laissé quelques crottes sur le chemin, mais aucune empreinte. C'est la vie du pripri. Elle me paraît aussi immuable que les douces journées passées au bord du Nil. Si seulement l'homme pouvait rester à distance de ce fragile équilibre...

mercredi 21 août 2002

21 août 2002

Hier, longue promenade à Cayenne. La foule des rues était comparable à celle du Capitole de Toulouse un jour de marché, aux heures de pointe. C'était jour de marché ici aussi, d'ailleurs. Créoles, Hmongs, vendeurs bigarrés et bruyants, mais ô combien plus sympathiques et avenants que ceux du marché de Kourou... Une marchande de fruits m'apostrophe, toutes dents dehors : "viens voir ici, doudou !" Mille parfums d'épices, de fruits, mille couleurs de légumes... Je suis ivre ! Madame Fulgence, épicière de son état, propose tout un tas de merveilles parfumées emballées dans de petits sachets, pour un peu plus d'un euro. Je lui achète un sachet d'encens.


Plus tard, nous irons manger dans une crêperie de Cayenne. Ce sera l'occasion de goûter à une délicieuse galette créole, au poulet boucané et à la sauce chien. Tout cela avec un délicieux jus de papaye / maracudja.


Direction la plage, face à la place des Palmistes, où je vais ramasser une impressionnante quantité de verre dépoli par les marées. Au retour vers Kourou, nous nous arrêterons à un carbet de sculpteurs sur bois, qui dégrossissaient de lourds galets de bois précieux. Lulu achètera un superbe "oeuf" de moutouchi. Je suis jalouse :))



Puis retour au village Saramaca. Je m'en voulais de ne rien avoir acheté la veille. Nous visiterons l'association d'Art Tembé, qui est un vaste dépôt vente pour les artiste locaux, avant de retourner voir l'artisan aux tortues. J'en prendrai une petite pour moi, et une grande pour Amorgen.


Ensuite, sous un ciel aussi noir qu'un bloc d'anthracite, j'irai me baigner à la plage de Kourou. Il fait si bon, et l'eau est si agréable, bien que saumâtre et rendue opaque par les alluvions charriés par la rivière Kourou. Korrigan semble méditer, assis sur le sable, pendant que Lulu dessine une tortue tembé sur le sable. Retour à pieds, mais l'orage tant attendu n'éclatera finalement pas.

mardi 20 août 2002

20 août 2002

Ce soir, nous avons visité le village Saramaca, en la rassurante compagnie de Nejma. Bidonville de Bushinengé du Surinam, où il est risqué de s'aventurer seul, et/ou en soirée... Il y a bien le petit "resto" d'un certain Glenn, qui garantit une relative tranquilité à ses clients, mais...

Joyeux gamins des rues. Sombres baraques de tôle, parfois décorées de fresques colorées d'inspiration Tembé ou jamaïcaine.

Un artisan propose quelques tortues en bois de moutouchi, quelques sièges traditionels, des pagaies...

lundi 19 août 2002

19 août 2002

Grande ballade à Saint-Laurent du Maroni, avec Nejma, une amie des parents de Lulu. Elle est venue nous chercher assez tôt, pour que nous passions la journée là-bas. C'est quand même à 200km de Kourou...
A Sinnamary, sur le chemin, arrêt-photos devant le dégrad, où les arbres portaient des nids de cassiques "culs-jaunes", ressemblant à d'étranges cocons.


Le pot d'échappement de la Clio étant percé, et la pluie tombant à seaux, c'est à peine si nous avons prêté attention au bruit bizarre, à l'arrière de l'auto. Arrêt sur le bas-côté. Le pneu arrière droit a explosé... Changement de pneu sous la pluie. Une Kangoo de la Poste qui venait de nous croiser, en plein effort sous la pluie, fera demi-tour, et le gentil facteur d'Iracoubo nous donnera un coup de main pour changer la roue. Arrêt à la station-service d'Iracoubo. L'Amérindien qui s'occupera de nous ne voudra rien décider tant que son patron ne sera pas rentré. Eh oui, décider quelque chose, pour un Amérindien, c'est se mettre en avant, et donc, c'est mal. EDF a coupé le courant, dans le patelin, pour faire des travaux. Ce qui n'arrange rien...
Après toutes ces péripéties, nous repartirons vers Saint-Laurent. Les kilomètres filent, le compteur est bloqué à 120. Passé le carrefour de Mana, la route suit un terrain joliment vallonné. Nous nous arrêtons près des carbets d'artisans noir-marrons, qui vendent des objets en bois, principalement du bois-cathédrale et de l'amaranthe. Je ne résiste pas à la tentation de négocier une barrette à cheveux en moutouchi, avec pique en bois.


Arrivée à Saint-Laurent. Grandes maisons créoles sur pilotis, cimetière caraïbe aux tombes carrelées. Syndicat d'initiative tout proche du bagne, et du Maroni. Nous prenons un peu de documentation, et faisons un petit tour dehors, en attendant Nejma qui nous a laissés pour quelques instants. Une pluie fine et grise tombe sur la ville. On dirait Brest, en un peu plus vert. Tout le monde attend avec un étrange mélange de résignation et d'impatience cette saison sèche qui ne veut pas venir. Au loin, de l'autre côté du Maroni, c'est le Surinam. Si proche, et si loin, qu'on ne distingue qu'une masse d'arbres informe sur l'autre rive. Quelques pirogues font le va-et-vient entre les deux pays.


Direction le resto, "Chez Félicia", où nous avons mangé créole. Pimentade de poisson, servie avec des frites, des bananes flambées, du riz et des haricots rouges ! Le tout pour 11 Euros. Puis promenade épuisante en ville, pour attendre la visite du bagne, prévue à 15 heures. Maisons coloniales admirablement restaurées, qui, on le saura un peu plus tard, appartenaient à l'administration du bagne et à ses hauts fonctionnaires... Visite très intéressante, d'ailleurs, avec un guide amérindien incollable sur le sujet. Bien évidemment, nous avons vu la cellule du célèbre "Papillon".



Nejma nous attendait devant le syndicat d'initiative quand nous sommes sortis du bagne. Nous avons dégusté un coca bien frais, avant de monter en voiture. Détour par le village des réfugiés surinamiens, et arrêt pour demander le prix d'une traversée du Maroni en pirogue. Quelques négociations en franglais, quelques conversions de devises. Francs, florins, euros, pfff... Trois euros par personne, pour un aller simple. Après quelques hésitations, nous nous décidons à sauter sur une pirogue avec deux jeunes Blacks du Surinam. L'un deux pilotera le bateau pendant que l'autre écopera l'eau qui s'infiltre avec une assiette en plastique... Pour 15 Euros, pour trois, traversée du Maroni, puis promenade le long des berges, tout près de la petite ville d'Albina, et retour dans les eaux françaises sans avoir posé pied à terre. Excellent. Ai pris beaucoup de photos.


Escale éclair, au retour, au cimetière de Saint-Laurent, le temps de prendre deux ou trois photos des tombes recouvertes de carrelages de salle de bains. Puis retour au bercail. J'aurai vraiment vécu une très belle journée d'aventures. Sans doute la plus belle depuis notre arrivée ici, d'ailleurs !

dimanche 18 août 2002

18 août 2002

La visite des vestiges de l'habitation Vidal, aux alentours de Cayenne, aurait été des plus agréables si nous avions pu prendre notre temps. C'était quand même une fort belle ballade, dans un large sentier ombragé, malgré la mygale noire aperçue en route... Je me suis cachée derrière un arbre pendant que Korrigan prenait des photos avec mon appareil.


Il ne reste que peu de chose de la ferme spécialisée dans la canne à sucre, qui connut son plein essor en 1800, grâce à l'importation d'un moulin à vapeur anglais. Tout est à demi enfoui dans une végétation dense et envahissante, de laquelle émerge un majestueux fromager. Il est haut d'une dizaine d'étages, à vue de nez, et fait passer le gros chêne multicentenaire de la Route des rois d'Angleterre pour un petit arbrisseau :)



Sur le chemin du retour, j'ai ramassé deux fleurs mauves, et une étrange aile de libellule, d'un bleu opaque, irisé comme le bleu des morphos, et presque noir. Les foumis comptaient bien se faire un festin de l'animal...

samedi 17 août 2002

17 août 2002

Promenade matinale à la réserve animalière de Macouria. Ce zoo semble construit avec les moyens du bord ; un zoo de bric et de broc, de tôle et de bois, aux cages barrées d'un grillage trop épais et trop finement maillé pour profiter tranquilement des animaux. Difficile, aussi, de prendre de belles photos dans ces conditions :(


Aras, anacondas, caïmans noirs, hoccos, maïpouris, baboons, paresseux, tortues qui ressemblent à des casques de la guerre de 1914, jaguars, ocelots...


Il y avait aussi un agréable sentier botanique, aux arbres soigneusement étiquetés. Bois-vache, bois-flèche, encens, maho rouge, encens rouge, amourette, goyave, divers palmiers... Et comme toujours, un ou deux morphos pour donner une touche de féérie à la promenade.

vendredi 16 août 2002

16 août 2002



Aaah, le marché de Kourou... Bien que peu étendu, et moins fourni que celui de Cayenne, il regroupe tout ce dont le voyageur en quête d'exotisme peut rêver. Jolies laotiennes aux mouvements félins, dont les mains souples emballent les papayes avec dextérité, créoles aux larges étals de bananes jaunes, vertes, brunes, et aux piments non moins multicolores, Amérindiennes aux formes plus que généreuses, alanguies sous un parasol, Brésilien tout sourire, qui vendait des jus de fruits frais, spécialités culinaires d'Amérique du Sud, fleuriste Chinois, tissu Madras, poulet boucané et maillots de bain à faire rougir les Brésiliennes. Ici, tout paraît venir d'un autre monde. Charme, parfums, couleurs de la belle Guyane...




Une escapade au Bagne des Annamites, ou plutôt ce qu'il en reste. Non loin de la Crique Anguille, après une bonne marche, se trouvent les rares vestiges de ce bagne, envahi par une dense forêt secondaire. Il a fallu emprunter nombre de sentiers boueux, qui étaient sensés être aménagés pour passer à pied sec. C'était sans compter sur la détermination des habitants du coin, qui ont tout saboté pour avoir la paix. Ainsi, nombre de passages ont été barrés par des arbres délibérément coupés et jetés là en vrac, pour décourager les randonneurs. Coriaces, nous avons bravé la boue, escaladé les arbres, et joué les équilibristes. Cà et là, de grands arbres devant lesquels se trouvent de petits panneaux depuis longtemps illisibles. Tout aussi illisibles que les panneaux jalonnant le parcours et racontant la vie du bagne. Toilettes, four, cachots... La forêt reprend inexorablement le dessus. Ce n'est pas ici la place de l'homme. C'est d'ailleurs ce qu'une mouche-à-feu a voulu me faire comprendre, en me piquant à l'arrière du crâne. A moins que, prisonnière de mes cheveux mouillés par le soudain orage tropical, elle n'ait eu que ce moyen pour sinaler sa présence... Lulu a eu tôt fait d'occire la bête et de balancer son cadavre dans les hautes herbes du bord du chemin.


La pluie tropicale a été une agréable douche fraîche. Lulu et moi sommes allées délibérément sous la pluie tiède, où nous avons vu un papillon orange vif, couleur des fleurs-perroquet au dessus desquelles il voletait tranquilement, sans se soucier de notre présence. Photos.


Finalement, nous sommes rentrés boueux, mais heureux, et avons dégusté un délicieux colombo de poisson au concombre piquant et au couac pour nous remettre.

jeudi 15 août 2002

15 août 2002

Près de trois heures de route, pour aller de Kourou à la (presque) frontière du Surinam. A Awala-Yalimapo, plus exactement. C'est un village amérindien, qui borde la jolie plage des Hattes, où viennent pondre les fameuses tortues-luths. Sur place se trouve un restaurant, dans une espèce de grand carbet au toit de palmes tressées. J'y ai dégusté un délicieux poisson blanc, aux grosses arêtes épaisses et à la peau grise et teintée de quelques marques orange. Dans un grand bol de bouillon, avec moult couac et galettes de manioc.


Ensuite, une fois l'estomac satisfait, promenade sur les plages entre le Maroni et la Mana. Nous n'avons hélas pas pu assister au miracle d'une ponte ou d'une éclosion, celles-ci ayant lieu en majorité à la fraîcheur de la nuit, comme c'était expliqué à la Maison de la Nature de la Mana.


Néanmoins, les plages sont superbes. Sans les alluvions ocres qui chargent les eaux des fleuves du bassin amazonien, cette plage aurait été un vrai petit paradis exotique. Palmiers, cocotiers, pirogues colorées posées sur le sable blond. Langueur caraïbe, temps suspendu à l'heure de la sieste. J'y serais restée bien plus longtemps...


Sur le chemin du retour, arrêt à Iracoubo, pour admirer sa vieille église de bois, dont tout l'intérieur a été décoré par un bagnard.


Puis arrêt au Pripri de Yiyi (marais de Yiyi), espace marécageux dont une petite partie est protégée de la sale race humaine par un grand couloir de bois, dont les interstices entre les planches permettent tout juste d'admirer un petit coin de verdure sans être vus des animaux.

mercredi 14 août 2002

14 août 2002

Aujourd'hui, réveil très tôt pour aller à la Crique Gabrielle, qui est en fait une petite rivière charmante. Il nous a fallu un peu de temps pour la chercher, et la route était en travaux. Pas de goudron, seulement cette terre rouge, appelée latérite, fraîchement damée.


Arrivés au ponton les premiers, nous avons attendu plus dune heure pour des participants qui ne viendront même pas. Nous avons eu tout le temps d'admirer les environs. Papillons rouges, libellules énormes, papyrus où s'ébattent un jeune chien joyeux et sa mère. Sous un carbet, un exposé fané par le soleil raconte l'histoire de l'esclavage et de La Fayette, qui a été le premier à tenter de remplacer le travail des esclaves par un travail salarié.


Après avoir choisi un gilet de sauvetage pas trop sale ni pas trop grand sur le présentoir, nous embarquons sur une grande pirogue à moteur. Notre guide est un Amérindien du nom de Lucas Francis. Il fait beau et chaud, le paysage est superbe, et notre guide est très compétent. Vivant dans la forêt, il semble en connaître chaque subtilité. Nom des arbres, des animaux, art de manier la lourde pirogue... De temps à autre, quelques éclairs bleus signalent la présence de morphos. Palmiers baches, palmiers maripas, moutouchis, palétuviers dans la mangrove...


Il arrêtera la piroque, le temps de récolter un coeur de palmier et un peu de résine d'arbre à encens, agréablement parfumée. Un lézard sommeille sur une branche. Un serpent liane se cache parmi les feuilles, dont il a emprunté les couleurs. Un arbre à cacao déploie ses délicates fleurs au dessus de la rivière. Partout, le bavardage incessant des insectes et des oiseaux. A chaque fois que le moteur de la pirogue est coupé, pour avancer en silence, la magie opère : je suis ailleurs, dans un autre monde, vierge et pur. Une bouteille de coca flottant à la surface me ramène à la dure réalité. En bout de promenade, dans les marais, la pirogue accélérera. Quelques maisons, un pont de bois démoli et reconstruit juste à côté. Arbres minces tombés en travers de la rivière. Korrigan me souffle que la couleur des eaux lui rappelle celle du thé au lait. On se croirait là encore sur les bords du Nil. Jacynthes d'eau, petits poissons, échassiers. Chacun a sa place, chacun à sa place. Sous un arbre, quelques chauves-souris. Agacées par notre remue-ménage, elles s'enfuiront rapidement vers un endroit plus calme...


Demi-tour. Au lieu de nous arrêter au ponton d'où nous étions partis, nous avons continué la descente de la rivière, jusqu'au fleuve Mahuri. Après le grand pont, se trouve le confluent, bordé de mangrove, où nous avons dégusté un ti punch et le coeur de palmier précédemment coupé. Fin de la très agréable promenade. J'ai beaucoup bronzé, un peu rougi, même. Retour au ponton, où se trouve aussi un excelllllent resto laotien, où nous attendait un repas princier : poulet coco, riz, et manioc savament préparé. Je ne regrette vraiment pas les 30€ de la promenade et du repas ! Ce fut une expérience très enrichissante et un premier contact très rafraîchissant avec le monde des criques et de la faune amazonienne.