Grande ballade à Saint-Laurent du Maroni, avec Nejma, une amie des parents de Lulu. Elle est venue nous chercher assez tôt, pour que nous passions la journée là-bas. C'est quand même à 200km de Kourou...
A Sinnamary, sur le chemin, arrêt-photos devant le dégrad, où les arbres portaient des nids de cassiques "culs-jaunes", ressemblant à d'étranges cocons.
Le pot d'échappement de la Clio étant percé, et la pluie tombant à seaux, c'est à peine si nous avons prêté attention au bruit bizarre, à l'arrière de l'auto. Arrêt sur le bas-côté. Le pneu arrière droit a explosé... Changement de pneu sous la pluie. Une Kangoo de la Poste qui venait de nous croiser, en plein effort sous la pluie, fera demi-tour, et le gentil facteur d'Iracoubo nous donnera un coup de main pour changer la roue. Arrêt à la station-service d'Iracoubo. L'Amérindien qui s'occupera de nous ne voudra rien décider tant que son patron ne sera pas rentré. Eh oui, décider quelque chose, pour un Amérindien, c'est se mettre en avant, et donc, c'est mal. EDF a coupé le courant, dans le patelin, pour faire des travaux. Ce qui n'arrange rien...
Après toutes ces péripéties, nous repartirons vers Saint-Laurent. Les kilomètres filent, le compteur est bloqué à 120. Passé le carrefour de Mana, la route suit un terrain joliment vallonné. Nous nous arrêtons près des carbets d'artisans noir-marrons, qui vendent des objets en bois, principalement du bois-cathédrale et de l'amaranthe. Je ne résiste pas à la tentation de négocier une barrette à cheveux en moutouchi, avec pique en bois.

Arrivée à Saint-Laurent. Grandes maisons créoles sur pilotis, cimetière caraïbe aux tombes carrelées. Syndicat d'initiative tout proche du bagne, et du Maroni. Nous prenons un peu de documentation, et faisons un petit tour dehors, en attendant Nejma qui nous a laissés pour quelques instants. Une pluie fine et grise tombe sur la ville. On dirait Brest, en un peu plus vert. Tout le monde attend avec un étrange mélange de résignation et d'impatience cette saison sèche qui ne veut pas venir. Au loin, de l'autre côté du Maroni, c'est le Surinam. Si proche, et si loin, qu'on ne distingue qu'une masse d'arbres informe sur l'autre rive. Quelques pirogues font le va-et-vient entre les deux pays.

Direction le resto, "Chez Félicia", où nous avons mangé créole. Pimentade de poisson, servie avec des frites, des bananes flambées, du riz et des haricots rouges ! Le tout pour 11 Euros. Puis promenade épuisante en ville, pour attendre la visite du bagne, prévue à 15 heures. Maisons coloniales admirablement restaurées, qui, on le saura un peu plus tard, appartenaient à l'administration du bagne et à ses hauts fonctionnaires... Visite très intéressante, d'ailleurs, avec un guide amérindien incollable sur le sujet. Bien évidemment, nous avons vu la cellule du célèbre "Papillon".


Nejma nous attendait devant le syndicat d'initiative quand nous sommes sortis du bagne. Nous avons dégusté un coca bien frais, avant de monter en voiture. Détour par le village des réfugiés surinamiens, et arrêt pour demander le prix d'une traversée du Maroni en pirogue. Quelques négociations en franglais, quelques conversions de devises. Francs, florins, euros, pfff... Trois euros par personne, pour un aller simple. Après quelques hésitations, nous nous décidons à sauter sur une pirogue avec deux jeunes Blacks du Surinam. L'un deux pilotera le bateau pendant que l'autre écopera l'eau qui s'infiltre avec une assiette en plastique... Pour 15 Euros, pour trois, traversée du Maroni, puis promenade le long des berges, tout près de la petite ville d'Albina, et retour dans les eaux françaises sans avoir posé pied à terre. Excellent. Ai pris beaucoup de photos.

Escale éclair, au retour, au cimetière de Saint-Laurent, le temps de prendre deux ou trois photos des tombes recouvertes de carrelages de salle de bains. Puis retour au bercail. J'aurai vraiment vécu une très belle journée d'aventures. Sans doute la plus belle depuis notre arrivée ici, d'ailleurs !